point de vue d un philanthrope anémophile… ré-implanté en angleterre

4 blancs sur la “Route de l’espoir”

December 26th, 2007 Posted in Humeurs, Mauritanie, Plein Sud

Je connaissais les francais mort le 24 décembre 2007 sur la route de l’espoir non loin d’Aleg en Mauritanie.

Je les avais croisé à deux reprises. La première fois c’était à leur arrivée en Mauritanie à Noadhibou après la frontière. Nous étions dans le même camping (”camping de la baie du Lévrier“).  Puis à Nouakchott le lendemain soir.. Nous étions à nouveau dans le même camping (auberge Menata). J’avais sympathisé avec eux, échangé des biscuits, bu le thé, plaisanté.
Nous sommes partis le même jour de Nouakchott. Eux, très tôt ce lundi matin avec leurs véhicules (un 4×4 chargé de bidons et une renaud mégane ou safrane assez ancienne avec deux roues sur le toit). Moi j’étais parti par les transports en commun : un Bus 50 places pour un long voyage d’un jour et demi pour Bamako, Mali.
En rigolant, je disais à l’un d’entre eux qu’ à force de se suivre comme cela, nous ne retouverons forcement plus tard sur la route. Ils allaient jusqu’à Ouaga, car le papa y a de la famille: une épouse burkinabée.  Ils devaient passer par Ayoûn el-Atroûs, puis Nioro. La route classique. Ils voulaient d’abord faire une étape à Kiffa pour le soir du 24. Les brigants les auront arreté avant.

Effectivement, je vais les recroiser. Ce lundi 24 décembre, à 14h15, en amont d’Aleg, j’apprends à un controle routier (il y en a une bonne vingtaine sur cette route) qu’il y a “4 blancs tués par des briguants” à 10 km de là, devant nous.
Je ne veux pas y croire, je ne pense pas à eux car ils étaient 5 aux campements, et non pas 4. Je pense à d’autres touristes : des allemands et anglais que nous avions dépassé plus tôt sur la route. Ces voitures-là font la “course Plymouth-Tombouctou” à bord de petites voitures. Amusé, je les prends en photos, car je les avais déjà croisé en janvier 2006 sur un ferry Dover-Calais me rammenant d’Angleterre.  Ils sont clairement identifiables à cause de leurs autocollants bien visibles… Peut être trop ? Je pense à eux tout de suite. 

A 14h30 Nous arrivons à hauteur des voitures garées sur le bas coté. La police est déjà là. Un hélico mauritanien tourne autour du site. Il y a quelques badeaux. Du bus où je me trouve je vois bien les voitures de tourismes rangées sur le coté. Je vois un corps allongé sur le ventre, en chemise rouge, courte. La face contre sol, le bras plié le long du corps, comme endormi. Impossible de reconnaitre qui que ce soit. Je ne vois aucune autre victime . Installé juste derrière le chauffeur, je ne peux pas en voir d’avantage. Il est trop tard. Nous ne pouvons rien faire. Notre bus ne s’arretera pas.

[Je précise que je n'ai aucune image. J'aurais pu. Mais je n'ai pas voulu, par respect pour les victimes et leurs familles. Aussi parce que cela n'aurait rien apporté pour l'enquête,  la Police Mauritannienne  étant déjà sur place, à mon arrivé sur le lieu].

 Sur les prochains kilomètres, le bus est agité. Tout les passagers essaie d’expliquer ce qu’il s’est passé. On parle de “bandits, de briguants qui voulaient voler l’argent des blancs“. Tous condamnent cet “acte raciste“.

Tout de suite je pense aux familles qui vont souffrir en ce jour de nöel. Je dois rassurer les miens. Mon téléphone ne capte pas de réseau ici, j’attendrais le passage au Mali pour donner un signe de vie en espérant que je sois plus rapide que les médias. 

Durant les 24h suivantes, je cherche à savoir qui sont ces morts.  Je m’inquiète pour ces touristes anglais et allemands. Je pense aussi aux 5 touristes français… Mais n’ayant pas vu le 4×4 du papa français, je les crois sains et saufs, à des dizaines de kilomètres devant. Car ils étaient partis tôt ce matin de Nouakchott, j’avais croisé les deux fils dans la cuisine de l’auberge Menata autour de 6h45-7h.

Avant la passe de Djouk, il y a un nouveau controle routier. C’est long. Le paysage est magnifique, ca ressemble à l’Arizona. Je leve le nez de mon livre et remarque devant nous les 3 voitures allemandes et anglaise. Le bus est soulagé.. il s’agit d’autres blancs. Mais qui sont ces victimes alors ? 

Ce ne sera qu’à Bamako, en écoutant RFI après une bonne douche, que j’apprends la nouvelle. Je reconnais distinctement la voix d’Olivia, l’adorable propriétaire de l’auberge Menata. J’imagine tout le staff des campings de Nouakchott et Noadhibou choqués.  Je pense aux familles. Je pense aux miens.

JE regarde TV5, reconnais instantannement le papa, grace à ces habits bien reconnaissables : une chemise marron verte avec en motif le contour du continent africain. Il n y a plus de doute possible, son frère, ces deux fils et un ami avec qui j’avais le plus parlé sont décédés. 

J’appelle mes parents, mon frère.. Leur donne de mes nouvelles (bonnes) et leur souhaite un bon noël. Je les sens rassuré, mais encore inquiêts surtout maman. Nous n’aborderons pas l’acte terroriste. Pas le temps. Pas envie surtout.

Après avoir regardé les images de TV5 et france24 depuis un café à Bamako, je prends conscience de ce que j’ai vu. Tuer des européens, de bon matin le jour du réveillon de Nöel… Etrange hasard non ? Ce n’est plus du banditisme. Les passagers du bus en étaient déjà convaincus, ils m’ont dit  : “Ils auraient pu les voler… tout prendre-là, et les laisser tout seul-là… Mais les tuer-là.. c’est pas bon“.

  1. One Response to “4 blancs sur la “Route de l’espoir””

  2. By stephane on Dec 26, 2007

    “François Tollet et ses deux fils effectuaient “tous les ans” un séjour en Afrique, a indiqué pour sa part Raymond Feyssaguet, le maire de Villefontaine(centre-est de la France), où réside la fille de M. Tollet.

    Les dépouilles mortelles des deux fils de 47 et 38 ans, Jean-Philippe et Didier, ainsi que celles de son frère (dont le nom n’a pas été communiqué) et d’un ami d’enfance d’un de ses fils, Adda Hacène, devaient être rapatriées le 29 décembre vers Paris.”

    http://www.tv5.org/TV5Site/info/afp_article.php?idrub=6&xml=071226131028.xa0gh8mp.xml

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