Bassam: retour au quartier
February 21st, 2008 Posted in Côte d'Ivoire, Plein SudAvant de rejoindre le “quartier France”, MON quartier, j’ai trainé la matinée dans le quartier de Marie, histoire de prendre le pouls de la ville. Je retrouve mes habitudes: petit-déjeuner au comptoir d’un petit café de rue. On me demande : “Nescafé ou Nescao ?“, puis “… lait concentré sucré ou normal ? “, et enfin “Tartines ? Margarine ?”, “pour combien ?“. Moins d’un euro plus tard, je reprends ma marche. M’arrête dans un coiffeur-barbier. Pour quelques centaines de CFA, je me fais tailler la barbe à la tondeuse. Je patiente, une maman fait raser son petit bébé d’à peine deux ans. Le petit souffre le martyre. La tondeuse chauffe, le barbier n’est pas très délicat, le petit ne sait comment faire pour échapper aux coups de sabot. Il pleure. Sa mère le réprimande et dit : “Ah vraiment mon fils, il pleure tellement qu’on dirait qu’il a oublié d’être garçon…!“. A mon tour de souffrir en silence. Puis je monte dans un taxi en direction du vieux quartier. Les souvenirs reviennent peu à peu. Je vois au loin le “Pont de la Victoire” enjambant la lagune en direction du vieux quartier. J’ordonne au taxi de s’arrêter.. le reste de la route je la ferrai à pied, à mon rythme. Le coin est toujours aussi calme à l’approche du pont, des bestiaux attendent près de l’abattoir, quelques barques trainent leurs filets dans la lagune. Je franchis le pont, et ressens la brise sur mon visage, tout est calme. Normalement je devrais prendre à gauche.. pas tout de suite, j’irai à droite. Je veux d’abord faire le grand tour par le front de mer et garder le meilleur pour la fin. Je reconnais certains noms d’hotel. La Taverne Bassamoise où je fis loger mes parents, est toujours debout et bien tenue. Les vieux toubabs sont toujours là à gérer cette affaire. Où seraient-ils allés lors des événements, eux qui ont toujours vécus ici ? D’autres hôtels ont été ré-aménagés et quelques nouveaux ont été construits. L’étoile du Sud que j’ai vu construire est impressionnant, et hors de prix. Avec joie je retrouve le “Wharf“, terrain de mes escapades dominicales, il y a 9 ans. Comme à l’époque, je fais quelques longueurs dans la piscine à l’eau de mer, sous les cocotiers. Dieu que c’est bon. Il faut y aller, je retourne explorer le quartier. Le vieux maquis asiatique, tenu par la vieille vietnamienne a fermé ces portes. Devant l’ancien marché une résidence locative bien entretenue – la “Résidence Bourseault” – fait plaisir à voir. Un glacier a ouvert à ses pieds. Non loin de là, le restaurant “le Quai” a fait peau neuve. Suite aux événements de 2004, l’ancien propriétaire est parti, un nouveau a pris la suite. La devanture a changé, mais les abat-jours calés dans les branchages, et les tables en bordure de lagune sont toujours là.
Je prends à droite au carrefour, passe devant l’ancienne place du marché, puis tout de suite à gauche. Me voilà dans ma rue. Le pannier de basket ou je jouais avec les gamins du quartier a disparu. La rue a l’air plus propre que dans mon souvenir. Mais rien n’a vraiment changé ici. J’avance lentement, je distingue l’ex-BCA (Banque des Colonies Africaines) et le premier étage où j’habitais. Le laboratoire photo d’Assoum a pris de l’ampleur. L’agencement à changé, le lieu s’appelle “le Firmament“. Assoum est absent, il a un autre labo photo en ville. Bindou, sa femme me reçoit et me fait patienter chez eux. Je discute avec Daouda son frère qui peine à me reconnaitre. La petite évelyne a grandi, et bien grandi. 16 ans maintenant.
Assoum tarde à venir, je l’appelle. Il arrivera fissa en taxi, et m’accueillera avec son rire franc. Il n”a pas changé, juste un peu grossi, à son poignet est toujours accrochée un boîtier argentique. Il me présente sa fille Issiya. Puis nous nous poserons dans la rue, sur un banc contre le mur devant chez lui. Et comme il y a 9 ans nous regarderons passer les gens et discutterons. Le dernier membre de se trio infernal se fait attendre. Il ne manque plus qu’Ernestine… Voilà la bande des 3 est au complet. Elle est venu à pied, lentement, à son rythme depuis son studio non loin de là. Madame est enceinte du second – Assoum me l’a dit, mais elle refusera de me le dire. Voilà, le trio est reformé. Plaisir vrai. Nous irons mangé au Quai, occasion de parler à coeur ouvert de nos vies, de la guerre, de nos rêves. Après cette belle journée, je suis raccompagné au Wharf par les deux zigotos, et me couche avec une seule hate d’être déjà à demain.
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