Temps de partir
February 23rd, 2008 Posted in Côte d'Ivoire, Plein SudJe me réveille tôt pour profiter de cette dernière journée. La plage du Wharf est encore bien calme. Chaque matin vers 8h, plusieurs hélicoptères militaires Puma survolent la région. Il y a un camp à proximité de Bassam. Depuis ma table de petit-déjeuner je repère un 4×4 .U.N. garé devant une chambre. J’ai du mal à imaginé que la paix de ce pays soit assistée par les troupes des Nations Unies. La Côte d’Ivoire, du moins, la région abidjanaise, ce n’est pas le Nord Kivu, et encore moins le Darfour.Je bois mon café au son de Radio Bassam, une toute jeune radio locale. Je réfléchis à ces 9 ans qui on durablement changé le pays, et changé la ville de Bassam aussi.. En 9 ans, la municipalité à du accueillir de nouveaux habitants fuyant le désordre et l’insécurité à Abidjan. Conséquemment, des logements et de nouvelles boutiques ont été construites pour répondre aux besoins de cette population nouvelle. Les vieilles bâtisses délabrées du quartier France, elles, ont peu changé. Les rides se sont un peu plus creusées. Mais la mairie essaie d’en prendre soin en voulant inscrire Bassam au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Avec Assoum nous irons rendre visite à Ernestine et son enfant. Elle habite maintenant au quartier France, dans un studio, à coté d’autres appartements ceinturant une cours intérieure bien ventilée. Il y a beaucoup d’enfants ici, et des mamans affairées aux taches quotidiennes. Je me pose sur un petit banc devant l’appartement. Des enfants jouent dans le sable. Je repère le petit Joseph, 2 ans, fiston d’Ernestine. Je suis mis en garde par sa maman, le petit Joseph a peur du blanc. La dernière fois, il en tremblé de partout. Bon… Je m’approche gentillement, m’assoit près de lui et lui souris. Le petit bout escalade mon genou, et se blottit contre moi tout sourire. Sa maman n’en revient pas. Je ne suis plus “Stéphane“, mais “Tonton Stéphane” ou bien “tonton apollo” (en hommage à un personnage de télénovelas populaire). Nous passerons là 2h30 à parler de nos vies, manger avec nos doigts du foutou, et jouer avec Joseph. L’heure file. Bientôt, 14h, l’heure de partir et retourner dans mon monde.Benjamin, un ami français installé en Côte d’Ivoire doit me récupérer pour passer la fin du weekend ensemble.
Je patiente avec Assoum et Ernestine, assis sur ce même banc devant le Firmament. Assoum me fait cadeau d’une petite calebasse, je lui donne mon petit trépied pour appareil photo. Un énorme 4×4 s’engage dans la rue. Le silence s’installe. Bientot je serais parti. La porte temporelle se referme. Je dis rapidement au revoir. Joseph est en pleure. Ernestine reste isolée sur le coin de son banc. Je pars rapidement. Pas le temps de tout dire, de tout exprimer. Ma gorge est nouée. Après avoir salué Ernestine et Assoum ainsi que les voisins toujours scotchés aux jeux vidéos, je chausse les lunettes et m’engouffre dans la grosse voiture de Benjamin. Je sais que je pars, je sais que je rentre, le passage se referme. Bientôt je serais à nouveau dans un autre monde, une autre vie.Avant de les quitter, j’ai glissé un peu d’argent à Assoum. Il se chargera de les donner à Ernestine pour consulter un ophtalmologue. Cette mère célibataire n’y voit pas beaucoup. Elle perderait trop en perdant la vue. Avec un mari beaucoup absent, et sans son emploi à la mairie, comment pourrait-elle élever ces enfants ?
Ex-BCA, Bassam.
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